Le hobbit vu par Guillermo Del Toro



La semaine dernière, c'était la sortie de La bataille des cinq armées, dernier volet de la trilogie du Hobbit.

La trilogie a été encensée ou éreintée, pour divers raisons. Mais il y a une question qu'on peut se poser : à quoi aurait ressemblé le film s'il avait été mis en scène par Guillermo Del Toro?

La question n'est pas anodine. Les deux cinéastes s'étaient rencontrés lors de la préparation du film Halo. Lorsque le projet a été stoppé, Peter Jackson, qui partait sur Tintin avec Steven Spielberg, proposa alors le projet du Hobbit à Guillermo Del Toro. Grand fan du livre, ce dernier accepta, et en aout 2008, le Hobbit entre officiellement en pré-production. Au début, il était question de raconter tout le livre en un seul film, et d'en faire un deuxième qui ferait le lien avec la trilogie de l'anneau.

Guillermo Del Toro commence alors les travaux préparatoires et prépare le visuel du Hobbit dans ses fameux carnets. Sa référence première est la première guerre mondiale, à la fois visuellement et thématiquement :
« Lire des livres et regarder des documentaires sur la Première guerre mondiale nourrit assez étrangement la vision que l’on peut avoir du Hobbit. Car je crois qu’il s’agit d’un livre né de l’expérience que la génération de Tolkien a subie pendant la Grande guerre, se trouver dans ce conflit et voir toutes vos valeurs s’effondrer ».

Une période dont est également fan Peter Jackson, grand collectionneur tout sur cette l’époque (certains armes et accessoires de sa collection personnelle apparaissent d'ailleurs dans King Kong). Guillermo Del Toro prend également contact avec toute la communauté créative de la première trilogie. Le compositeur Howard Shore, les dessinateurs John Howe et Alan Lee, Richard Taylor de Weta Workshop, et Gino Acevedo (prothésiste)… Del Toro explique ainsi :
« Je fais ça pour assurer la continuité avec les précédents films »

Certes, mais qu'allait apporté Guillermo Del Toro à l'univers cinématographique de Tolkien?

Tout d'abord, le réalisateur voulait vraiment se démarquer des films de Jackson.
« Le monde est ici plus doré au commencement, plus innocent… Dès le départ, on doit réaliser que l’époque est différente du début de La Communauté de l’anneau. 50 ans dans la Comté, ce ne sont pas 50 années humaines. Pensez à comment notre monde peut changer en 7 ou 8 ans, ces 50 ans de la Terre du Milieu signifient en fait des décennies d’agitation. »
En clair, tout en respectant les films de Peter Jackson, Guillermo Del Toro voulait réinventer le Terre du Milieu.

Ainsi, Guillermo Del Toro refuse d'avoir des monstres 100% numérique et reste très attaché à l'animatronique.
« Je vais surtout rajouter des créatures par rapport aux trois premiers films. Des créatures 100% animatroniques et d’autres en animatroniques améliorés par des effets spéciaux numériques. On veut vraiment prendre la crème de la crème en matière d’animatronique. Avec la technologie qu’on va développer pour les créatures du film, on va faire faire à la discipline un saut de dix ans dans le futur. Comme les premiers films ont fait avancer le concept de réalité virtuelle. »


Pourtant, c'est bien d'un monstre que débutera les problèmes. En effet, le design du dragon Smaug tient très à coeur à Del Toro. En octoble 2008, il racontait :
« Je suis sûr que ce sera le dernier design à être validé, car c’est le premier sur lequel nous avons bossé. Il représente tellement de choses, l’avarice, la vanité… (…) On va devoir tout explorer avant de savoir à quoi il ressemble, car son look devra montrer ce qu’il est vraiment. »

Cependant, à la fin de l'année 2009, le studio MGM fait faillite, et le projet (ainsi que beaucoup d'autres) est reporté. Devant les reports successifs, Guillermo Del Toro qui l'aventure. Peter Jackson, alors en plein sur le tournage de Tintin, annonce qu'il réalisera le Hobbit. Ainsi s'achève le Hobbit vu par Guillermo Del Toro.

Mais la polémique naitra bien après le départ de Guillermo Del Toro. En janvier 2011, interviewé par Daniel Zalewski du New Yorker, Del Toro revient sur le Hobbit inachevé et lui montre ses idées de character design de Smaug. Tel que le rapporte le journaliste, la silhouette générale
« inhabituellement longue et fine, est celle d’une hache à deux mains médiévale. Il devait ressembler à un serpent, et se déplacer comme un oiseau marin avec des ailes qui sont des extensions de ses pattes de devant, d’ailleurs très courtes, comme celles d’un T-Rex »
Cela suffit à déclencher une polémique parmi les fans de Tolkien, qui ne retiennent que les mots "T-Rex" et "serpent", hurlent à la trahison, et prient pour que Peter Jackson ne garde pas les idées de Del Toro. Et cela alors qu’aucun dessin de Smaug n’a été publié, et qu'aucun croquis ni maquette de Guillermo Del Toro n’a filtré sur le Web. Après tout, rappelons que "fan" est l’abréviation de "fanatique".

Alors, que reste-t-il de la vision de Guillermo Del Toro dans Le Hobbit? En aout 2013, Peter Jackson disait :
« J’ai regardé son travail en reprenant le projet, et ses designs sont du pur Guillermo. C’était des trucs très marqués, bien dans la ligné du Labyrinthe de Pan et de Hellboy. C’était sa vision artistique, et je ne pouvais pas faire ce film précis. Le seul à pouvoir faire un film à la Guillermo Del Toro, c’est Guillermo. J’ai donc presque tout redesigné. Il reste quand même un peu de son ADN, il a fait des choses plutôt cool dont on a repris des éléments, mais on les a vraiment changées. Le film a vraiment été repensé. »
Mais que reste-il précisément? Le personnage de Radagast, shaman à moitié fou qui vit dans la forêt et préfère la compagnie des animaux à celle des hommes, est assez guillermesque dans l’esprit. L’arc narratif sur un Nécromancien, qui fait le lien avec l’intrigue du Seigneur des anneaux, reflète peut-être l’hypothétique deuxième volet du Hobbit. Enfin l’esprit guerrier que Guillermo Del Toro voulait insuffler au film se retrouve sans doute dans la bataille de la Moria, en flash-back. A moins d’une fuite, on ne risque probablement jamais de voir les croquis de Guillermo Del Toro. 

Articles liés :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire